
f a i t - m o i s i g n e

f a i t - m o i s i g n e
L'exil, c'est mon suicide géographique. L'ailleurs m'attire, car, vierge de mon histoire, il ne me juge pas sur la base des erreurs de destin, mais en fonction de ce que j'ai choisi d'être; il est pour moi gage de liberté, d'autodétermination. Partir, c’est avoir tous les courages pour aller accoucher de soi-même, naître de soi étant la plus légitime des naissances. Tan pis pour les séparations douloureuses et les kilomètres de blues, l'écriture m'offre un sourire maternel complice, car, libre, j'écris pour dire et faire tout ce que ma mère n'a pas osé dire et faire. Papiers? Tous les replis de la Terre. Date et lieu de naissance? Ici et maintenant. Papiers! Ma mémoire est mon identité.
Étrangère partout, je porte en moi un théâtre invisible, grouillant de fantômes. Seule la mémoire m'offre sa scène. Au coeur de mes nuits d'exil, j'implore Morphée, mais l'anamnèse m'éclaire et je me vois entourée des miens. Partir, c’est porter en soi non seulement tous ceux qu’on a aimés, mais aussi tous ceux qu’on détestait. Partir, c’est devenir un tombeau ambulant rempli d’ombres, où les vivants et les morts ont l’absence en partage. Partir, c’est mourir d’absence. On revient, certes, mais on revient autre. Au retour, on cherche, mais on ne retrouve jamais ceux qu’on a quittés. La larme à l'oeil, on se résigne à constater que les masques qu'on leur avait taillés ne s'ajustent plus. Qui sont ces gens que j'appelle mon frère, ma soeur, etc.? Qui suis-je pour eux? L'intruse qui porte en elle qu'ils attendent et qu'ils désespèrent de retrouver? L'étrangère qui débarque? La soeur qui part? Ces questions accompagnent ma valse entre les deux continents.
Fatou Diome Le Ventre de l’Atlantique

н а п а м я т ь
п я т ь
г о р о ш и н
О самом хорошем
прошлом
О
О
О
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музыка
п р о г о в а р и в а н и я
длинных слов